top of page

C’est un voyou, c’est un brigand. Il traine dans les parages. Un grand brun plus sec qu’un olivier assoiffé. Guitare désordonnée, chemise trouée, baskets élimées, dentition désarticulée. Il traine dans le coin, coin des rues, coin de la plage, coin de mon cœur. Il se planque ce voyou. Peur des keufs, de la prison, des barreaux, des cris la nuit, des corps qui se frottent, des sexes en fureur. Mes yeux-étincelles, mon cœur qui fait bang bang à travers ma chemise, un volcan qui ronronne, ça le déconcerte. C’est un voyou, c’est un brigand. Il détrousse les vieillards, surgit de loin, silence, silence, pour effrayer les enfants. Mâchoire de requin, regard de perlimpinpin, c’est un voyou, c’est un brigand. Pourquoi mon cœur fait-il des bonds quand je le croise, croisillons, croix de fer, croix de bois, si je mens je vais en enfer ? Pourquoi mon cœur déglingué, sa démarche désaccordée, le monde en fumée, l’amour éradiqué, pourquoi tout ça ?

[ 161 mots _ 3 minutes ]

La tante de Miss Peggy Swinterton avait la fâcheuse habitude de crier à qui voulait bien l’entendre que malgré ses cinquante trois ans bien frappés, elle était encore une super gonzesse ! Ceci dit d’une voix de fausset enroué. Elle se décolorait les cheveux à l’eau oxygénée, ce qui laissait croire, de loin, qu’un feu de paille avait pris sur sa voute crânienne. Elle portait des bas grenat, été comme hiver, une robe à volants faussement andalouse, se maquillait outrageusement, et sortait toujours juchée sur des escarpins de quinze centimètres qui lui donnaient l’allure d’un dindon effaré. Elle avait un gros postérieur, des mollets de catcheur, un dentier qui se faisait la malle quand elle riait trop fort. Ce qui arrivait souvent car elle avait le rire facile. C’était une cuisse légère, elle aimait le sexe, le clamait haut et fort, surtout pendant les réunions de dames patronnesses que ce genre de confidences outrait. Elle mourut subitement d’un arrêt cardiaque, au milieu d’un grand éclat de rire, le dentier déboité, la chevelure incendiée. Elle fit Clac ! ses yeux s’écarquillèrent d’étonnement, et ce fut tout. On en déduisit que la tante de Miss Peggy Swinterton avait le cœur aussi mal accroché que le dentier.

[ 204 mots _ 3 minutes ]

Grandeur et décadence ! Depuis que sa tante était morte dans un large éclat de rire, Miss Peggy Swinterton avait perdu le sommeil. La tante était riche. Miss Peggy l’ignorait. La nouvelle s’était répandue comme une eau sale dans la ville : Miss Peggy avait hérité d’une fortune. Tous les loosers du coin, les bons à rien, les mâles en quête de reconnaissance, les petites bites, les joufflus, les ventres mous, les bois-sans-soif, les faiseurs d’embrouilles, les nobliaux désargentés, se pressaient sur l’immense perron de la maison où Miss Peggy se terrait. D’ailleurs elle détestait cette maison, une pâtisserie en faux marbre blanc, héritée de sa tante avec le magot. Ça puait la mort. Ce qui n’était pas le pire. Le fantôme de tantine hantait les nuits de Miss Peggy. Que vas-tu faire de tout ce fric ? lui susurrait-il à saturation. Miss Peggy, qui avait toujours mené une vie paisible, décida de confier le magot à un notaire de ses amis qui le fit fondre, puis disparaitre, dans des placements douteux. Le perron se vida de ses prétendants. La maison fut vendue. Si vous cherchez Miss Peggy, vous la trouverez derrière la gare de Sweety-Batsford. Elle y vend son corps pour trois guinées. Heureuse de cette parenthèse refermée.

[ 209 mots _ 5 minutes ]

bottom of page